L’IMPAIR : Chapitre #20

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Samedi 20 juin 2015.

Non. Tout commence en fait le vendredi 19 juin 2015. Nous sommes à la veille de notre mariage. Le temps est doux, nos amis arrivent petit à petit, nous aident à préparer la salle de réception. Ma famille aussi, mes parents, mes frères et soeurs et leurs conjoints sont là, et s’activent pour tout installer.

Il règne une atmosphère conviviale, bienveillante, l’air est chargé d’amour.

Voir mes parents dans ce lieu que nous avons choisi pour la fête, les voir poser leurs valises, s’installer, c’est un sentiment très fort. J’ai l’impression de sortir d’un marathon qui dure depuis des années, j’ai l’impression qu’il n’y a plus de débat, plus de questionnements. Nous sommes là, tous ensemble, réunis, et je vais me marier avec ma famille à mes côtés. Je suis tellement reconnaissante. Je les aime tellement.

Il faut maintenant que nos deux familles, si différentes, se rencontrent. Car oui, on y a bien pensé ces derniers mois, ce choc des cultures doit avoir lieu ! Nous avons réservé une table en ville, pour nos deux familles. Enfin, d’un côté tous mes frères et soeurs, leurs moitiés, mes parents, et de l’autre, la mère et le beau-père d’Aurore. Je sais que ma belle-mère est très stressée à l’idée de rencontrer mes parents. Car ils n’ont pas la même éducation, le même « style ». Elle a peur je pense d’être jugée, ou de ne pas être à l’aise. De l’autre côté, mes parents ne le montrent pas, mais je pense qu’ils appréhendent un peu aussi. Je leur ai souvent parlé de ma belle-famille, de son histoire si particulière. Ils savent que ma belle-mère a fait les quatre cents coups, qu’elle a souvent été absente… bref. Ils ont beau avoir le même âge, le tableau s’annonce cocasse : d’un côté, mes parents, plutôt bon chic bon genre. Mon père aura mis un jean « car c’est le weekend », mais toujours avec une chemise (jamais de t-shirt !), et ses chausses bateau, sans oublier sa pipe à la main. Ma mère portera une jolie robe, des mocassins et un petit sac à main. De l’autre côté, mon beau-père aura une chemise aussi, mais légèrement ouverte, laissant entrevoir une chaîne en or et son torse poilu. Ma belle-mère sera en jean moulant et évasé, un haut décolleté, avec des plateformes à paillettes, ses cheveux blonds décolorés en tresse jusqu’aux fesses, un grand sac à main avec toute sa vie dedans. Rendez-vous en terre inconnue pour les deux couples !

Ma famille est déjà installée à la table en terrasse. La mère d’Aurore et son beau-père arrivent, et se garent un peu plus loin. Nous partons, avec Aurore, à leur rencontre. Ma belle-mère est très stressée. J’essaie de la détendre…

« Tout va bien se passer ! »

« Oui, oui ! »

« Je te rappelle juste, on ne dit pas ‘la copine à’, ou ‘le portable à’, on dit ‘la copine de’, ou ‘le portable de’. Ok ? »

« Oui, ok, on y va. »

Les deux couples se rencontrent et se saluent, souriants, polis. Ma mère et Linda s’embrassent.

« Bonjour, je suis la maman à Aurore ! »

Bon, c’est pas grave.

Nous dînons tous ensemble, dans une bonne ambiance. C’est si bon de voir ça, de voir cette grande tablée avec nos deux familles qui font connaissance. Mes parents sentent, je crois la gêne, la timidité de mes beaux parents, et essaient de les détendre, de montrer qu’ils ne sont pas si coincés qu’ils n’y paraissent. Tout se passe bien. Le cap est passé.

Samedi 20 juin 2015. Nous y sommes.

J’ai mis ma robe, une couronne de fleurs dans les cheveux, mes escarpins. Aurore a enfilé son tailleur. Nos amis défilent à la maison, se préparent autour de nous dans la bonne humeur. Il est temps d’y aller. Tous partent à la mairie de Mées, le petit village où Aurore a grandi.

Nous sommes toutes les deux, dans la maison. Nous sommes prêtes.

Nous prenons la voiture, et nous nous garons dans une rue adjacente. C’est le moment, il faut y aller. Un dernier regard, un dernier baiser, et nous avançons vers la mairie, toutes les deux.

Plus nous approchons, plus je vois de l’extérieur que la salle est pleine. Nos amis, nos familles, tous ceux que nous avons invités et qui ont répondu présents sont là. Mon coeur bat à toute vitesse. C’est concret, c’est physique, ça se passe, là, maintenant. Ils sont tous là. Ceux qui ont habillé notre vie depuis toutes ces années, ils sont là, réunis. La plupart ne se connaissent pas, et pourtant ils ont tous un point commun, nous.

Je retrouve mon père à l’extérieur, qui est stressé, je le vois. Très souriant, mais très stressé. Aurore retrouve sa mère, qui est absolument sublime. Elle qui ne se maquille jamais, que je n’avais jamais vu autrement habillée qu’en jean et tiag’, porte aujourd’hui une robe très élégante, un chignon, du maquillage, des escarpins. Elle est magnifique, et très émue. Nos témoins, nos trois amies et ma cousine entrent dans la salle en premier, accompagnées de nos « témoins d’honneur », nos deux meilleurs amis, Nicolas et Christophe. Ils sont tous si beaux.

La musique démarre.

Aurore entre, au bras de sa mère, sur la chanson « My Girl » des Jackson 5 et remonte la petite allée. A mon tour, je prends la main de mon père et j’entre dans la salle, sur la chanson « The little drummer boy » de Ray Charles.

Nous nous retrouvons toutes les deux, face à Madame le Maire, et derrière nous, nos amis et nos familles réunies. La grand-mère d’Aurore qui l’a élevée est émue aux larmes. L’émotion dans la salle est très forte. J’ai demandé à mes frères et soeurs de lire, en introduction, un texte de la Bible, la première lettre de St Paul Apôtre aux Corinthiens. Un texte souvent lu dans les mariages catholiques et que je relis souvent, car il exprime toute ma vision de la vie. Une manière pour moi d’amener un peu de ma foi dans cette cérémonie :

« Frères, parmi les dons de Dieu, vous cherchez à obtenir ce qu’il y a de meilleur. Eh bien, je vais vous indiquer une voie supérieure à toutes les autres.

J’aurais beau parler toutes les langues de la terre et du ciel, si je n’ai pas la charité, s’il me manque l’amour, je ne suis qu’un cuivre qui résonne, une cymbale retentissante.

J’aurais beau être prophète, avoir toute la science des mystères et toute la connaissance de Dieu, et toute la foi jusqu’à transporter les montagnes, s’il me manque l’amour, je ne suis rien.

J’aurais beau distribuer toute ma fortune aux affamés, j’aurais beau me faire brûler vif, s’il me manque l’amour, cela ne me sert à rien.

L’amour prend patience;

l’amour rend service;

l’amour ne jalouse pas;

il ne se vante pas, ne se gonfle pas d’orgueil;

il ne fait rien de malhonnête;

il ne cherche pas son intérêt;

il ne s’emporte pas;

il n’entretient pas de rancune;

il ne se réjouit pas de ce qui est mal, mais il trouve sa joie dans ce qui est vrai;

il supporte tout,

il fait confiance en tout,

il espère tout,

il endure tout.

L’amour ne passera jamais. »

C’est maintenant à moi. A moi de parler. J’ai quelque chose à dire à Aurore, devant tous ceux que nous aimons, ce 20 juin 2015 :

« On dit de certaines rencontres qu’elles bouleversent votre vie. Jamais je n’aurai imaginé que la mienne puisse être à ce point transformée.

Tu y es entrée il y a plus de six ans. Tu m’as réveillée, bousculée, transformée. Depuis toutes ces années, tu me portes et me supportes. Il ne se passe pas un seul jour, une seule minute sans que je ne me sente traitée comme une reine.

Le mariage est pour moi une chose essentielle dans une vie. Et dans le contexte de notre histoire, c’est un engagement encore plus fort et symbolique. Je suis fière de nous, car nous avons réussi à avancer malgré les multiples obstacles que la société nous a posés. Nous avons avancé, tout simplement car nous nous aimons et lorsque l’on aime à ce point, on sent ses forces démultipliées.

J’ai la chance d’avoir une famille qui a, elle aussi, bouleversé sa propre pensée en te rencontrant. Je pense aussi à cette belle-famille que tu m’as donnée, fantasque et fantastique, qui m’a tellement bien accueillie et que j’aime.

L’amour peut faire de grandes choses, la preuve ici avec cette salle pleine de nos amis et de nos familles, que je remercie d’être là.

Je pense enfin à deux personnes qui manquent à cette journée : Silvère, dont c’est la fête aujourd’hui (je ne crois décidément pas aux hasards) et ton Papi.

Aurore, merci d’avoir déboulé dans ma vie. Je t’aime. »

Il est 17h00, et nous sommes officiellement mariées. Il est 17h00, et je tiens entre mes mains un livret de famille. Bien plus fort pour moi que nos alliances. J’ai l’impression de recevoir un diplôme, une reconnaissance de l’Etat. Je suis si fière.

Nous quittons la mairie sur un Vespa, sous les hourras de nos proches. La fête peut commencer !

Cette soirée restera gravée. Je plane complètement. Tout n’est que bonheur, sourires, amitié, amour, rires… Ma famille est détendue, nos amis sont euphoriques, et ma mère, ma mère ! Ma mère est joyeuse. C’est le mot qui me vient. Elle se lâche complètement. Elle a toujours rêvé de monter sur un Vespa ? Ni une, ni deux, elle monte dessus et se laisse conduire à travers le parc en riant comme une enfant. Je crois qu’elle a juste lâché prise, qu’elle s’est laissée embarquer par le moment, qu’elle a arrêté de résister. Elle s’amuse, je le vois, elle semble… heureuse. Et je la regarde, abasourdie.

Vient le moment du dîner. Nous entrons dans la salle en fête, foulards rouges brandis, sur le chant de l’Aviron Bayonnais.

Mon père se lève et trinque à notre union, en prononçant un discours dont voici des extraits :

« Marie-Clémence, Aurore,

Tout être aspire à aimer et à être aimé, et notre pèlerinage sur cette terre manque de sens s’il n’est pas empreint d’amour, de compréhension et de tolérance.

Ce samedi 20 juin est une date importante pour vous deux qui avez décidé de vous engager plus encore dans l’amour qui vous unit depuis quelques années. En nous rassemblant autour de vous dans cette belle région des Landes, au pays de la feria et du foie gras, vous voulez nous faire partager votre joie et votre émotion, et c’est une belle fête qui marque votre engagement.

(…)

Marie-Clémence, 

Ce qui te caractérise, c’est ton immense sensibilité, ta fidélité et ta très grande affection. Tu t’es toujours montrée dynamique, impatiente, pleine d’idées, mais aussi très attentive à celles et ceux que tu aimes, et tu sais donner du temps aux autres, notamment les personnes isolées.

Tu es extravertie, mais tu intériorises beaucoup, prenant à coeur les mots, les gestes, les attentions. Tu es extrêmement attachée à ta famille, à tes cousins, à tes oncles et tes tantes, comme à tes grands-parents. 

(…)

Tu as su montrer la même affection et la même attention à la famille d’Aurore, partageant notamment le souci d’une présence régulière et affectueuse auprès de ses grands-parents. Et lorsque l’épreuve du décès du grand-père d’Aurore s’est présentée, tu t’es impliquée avec tout ton coeur pour faire que cet adieu se passe dans le recueillement, la foi et l’espérance.

Aurore, 

Nous t’avons découverte il y a bientôt 4 ans et avons appris jour après jour à te connaître. Que ce soit à Saint-Gengoux, notre point fixe bourguignon, ou à Gif-sur-Yvette, tu as su avec discrétion trouver ta place dans notre famille.

Tu es quelqu’un de sensible, discrète et attentive, tout en étant marquée d’une grande franchise et d’un grand dévouement aux autres.

Je sais que l’engagement que vous avez pris aujourd’hui est muri de longue date et guidé par l’amour.

Alors, avec Maman, nous vous souhaitons bon vent et vous embrassons tendrement. »

Je me lève et je fonds dans ses bras. Je suis tellement reconnaissante, tellement chanceuse d’avoir un père exceptionnel, qui a su me comprendre, nous comprendre, dès le premier jour. Ma mère se lève à son tour et me prend dans ses bras. Elle me glisse un « Je t’aime. » et mon coeur explose. Il explose car je pense que c’est la première fois qu’elle me le dit. Ou la première fois que je l’écoute me le dire. Elle enlace Aurore et lui dit aussi qu’elle l’aime. La fête pourrait s’arrêter là, je serai satisfaite. Je suis heureuse, je suis gâtée, je suis aimée et mon corps tout entier voudrait leur crier mon amour et leur demander pardon pour ces dernières années difficiles pour eux, où nous avons appris à nous connaître différemment, où nous avons dû nous rencontrer une deuxième fois après le jour de ma naissance.

La fête continue, mes frères et soeurs ont, eux aussi, préparé un discours drôle, touchant, et plein d’amour. Aurore a fait un montage vidéo avec tous nos amis, et nos témoins ont aussi préparé une surprise, avec un flash mob sur « Single Ladies » de Beyonce. Divin.

Puis j’ouvre le bal avec mon père. Un rock en douceur sur une de mes chansons préférées, « A horse with no name » de America. Ce moment faisait partie des mes rêves de petite fille. Danser avec mon père le soir de mon mariage.

Cette soirée, cette journée resteront dans mes pensées pour toujours. Car j’ai eu le sentiment qu’il y a eu ce jour-là un concentré d’amour, du pur jus que nous avons dégusté tous ensemble. C’était si bon.

Nous nous couchons au petit matin avec un sentiment d’ivresse, au sens propre comme au figuré et je me sens encore une fois chanceuse.

Mes grands-parents maternels n’étaient pas là, bien sûr, puisqu’ils n’étaient pas au courant de notre relation. Il manquait aussi beaucoup de personnes du côté de ma mère que j’aurai aimé avoir avec nous, mais je n’ai même pas pu les inviter, car ils n’avaient pas connaissance officiellement de tout cela. Je savais que tout ça restait à régler, que les mensonges ne durent jamais toute la vie. Qu’il allait falloir affronter mes grands-parents un jour, que toute la vérité allait devoir éclater. Mais je profitais de ce moment d’insouciance, de bonheur. Nous l’avions bien mérité, avant le retour à la réalité.

Le lendemain, j’ai reçu comme une petite claque au réveil.

Sur Facebook, je vois dans mon fil d’actualité que ma tante, qui avait déjà fait preuve de méchanceté par le passé, a écrit le mot suivant sur le profil de mon père :

« Grande tristesse !! Heureusement papa et maman ne sont plus là……………………….. »

Elle parle bien sûr de mon mariage, et du fait que mes grands-parents soient décédés. Je suis furieuse, j’ai envie de hurler, de lui répondre en direct sur Facebook, de lui dire que si ils avaient été là, ils auraient été bien tristes de voir ce qu’elle, elle est devenue. Les mêler à ça alors qu’ils ne sont plus là, mettre ce mot en public pour que tout le monde le voit, je trouve cela dégueulasse. Je préviens immédiatement mon père qui me demande de ne pas intervenir et qui supprime le message de sa soeur. Je suis en rage car mes grands-parents paternels sont partis avant que je rencontre Aurore, car j’aurai aimé qu’ils soient avec nous aujourd’hui, et que je suis sûre qu’ils auraient laissé leurs opinions religieuses de côté pour le bonheur de leur petite-fille. Car je sais qu’ils manquent terriblement à mon père, et que, jouer sur cette corde sensible pour le faire culpabiliser de laisser sa fille se marier à une femme, c’est écoeurant. Mais mon père insiste et me demande de ne rien répondre. J’accepte de ne pas lui rentrer dedans.

Si elle a cru qu’elle pouvait faire mal, c’est raté, nous sommes tous ensemble, elle est seule.

Si elle a cru pouvoir nous faire culpabiliser, c’est raté, je suis amoureuse, heureuse et armée jusqu’aux dents pour entamer la suite de mon histoire.

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Notre faire-part de mariage

J’espère que ce chapitre vous a plu ! J’attends vos retours comme à chaque fois avec impatience.

Abonnez-vous à mon compte Instagram @moodofthecity , je partagerai en story quelques images de cette journée.

Merci de me suivre, merci de me lire, merci pour votre bienveillance.

MC ❤

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15 réflexions sur “L’IMPAIR : Chapitre #20

  1. J’ai eu des frissons sur tout le corps en lisant le passage ou ta maman vous prends dans les bras !
    Magnifique comme d’habitude , mais la Jai ete particulièrement touchée !
    Hate de lire la suite 😊
    Bisous !

    Aimé par 1 personne

  2. Cette fois tu m’as fait pleurer.
    Encore une fois j’envie votre amour, votre bonheur. Votre parcours et tellement courageux et beau.
    Hate de lire la suite comme toujours.
    Et encore une fois tous mes voeux de bonheur à vous 3.
    Je vous embrasse

    Aimé par 1 personne

  3. J’ai découvert ton blog au fil de mes balades virtuelles sur Instagram et votre histoire à aurore et toi ma beaucoup touchées. Je restais silencieuse jusqu’à présent même si je n’ai loupé aucuns de tes impairs mais je dois dire que celui là m’a mis les larmes aux yeux vraiment … tu es divinement bien douée pour l’écriture et quelle force et quel courage Marie-Clémence ! Je souhaite un jour trouver ma moitié comme toi …

    Aimé par 1 personne

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