L’IMPAIR : Chapitre #5

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Je compris cette attente. Aurore nous offrait  en fait quelque chose de solide. Et moi, j’avais donc officiellement basculé, j’étais infidèle.

Aussi fou que cela puisse paraître, et moi qui n’ai aucune tolérance sur l’infidélité dans le couple, je ne le percevais pas comme ça. Je ne me sentais pas concernée. Mon copain et moi nous éloignions de plus en plus l’un de l’autre. Cela ne venait pas que de moi, c’était même l’inverse. Il rêvait de quitter Paris et de vivre sa vie de musicien à Londres. De voyager, de rencontrer d’autres gens, de développer son talent. Et moi j’étais bien à Paris, je ne voulais pas partir, je voulais m’installer dans un vrai appartement, travailler, fonder une famille. Parfois même, il me sous entendait une vie l’un sans l’autre. Sans le formuler clairement, mais il me disait que peut-être que l’on s’empêchait d’être « libres », que nous n’étions plus si bénéfiques que ça l’un pour l’autre. Et moi je résistais. Il m’ouvrait la porte et je ne voulais pas quitter cette sécurité que j’avais avec lui. Je ne voulais pas prendre de risque, je crois. Alors je le retenais et je lui rappelais que nous étions faits l’un pour l’autre. Jamais on ne s’engueulait, on ne se faisait pas de reproches, on avait énormément de respect l’un pour l’autre (étrangement vu ma situation).

Personne ne se doutait une seule seconde que Marie-Clémence, la gentille, sage, ennuyeuse Marie-Clémence, menait une double vie avec une femme. Même mes meilleures amis à qui je pouvais tout confier, ça, je ne pouvais pas leur dire. Je ne voulais pas leur dire. Je n’envisageais même pas de leur dire. Car c’était trop intime. Ce n’était pas quelque chose que je voulais partager.

J’aimais cette relation si exceptionnelle et inexplicable et je ne voulais pas la partager. Surtout pas avec des mots. Avec le recul, je pense que je fuyais l’idée de devoir verbaliser ce que je vivais, de devoir expliquer. Car cela aurait nécessité de prendre du recul. Et sûrement alors de réaliser l’absurdité de la situation, voire de prendre des décisions. Une seule de mes amies entra dans la confidence, un peu par hasard, au bout de plusieurs mois. Je me suis confiée un peu à elle, mais je reconnais que je la fuyais surtout beaucoup, malgré sa bienveillance, de peur que ses questions ne me forcent à prendre conscience du mur vers lequel je fonçais.

Mon copain ne se doutait de rien. Je lui parlais d’Aurore, beaucoup, mais comme d’une amie. Ils se sont même croisés un jour dans une soirée. Là encore, situation improbable, dangereuse pour tous. Je ne sais pas pourquoi, mais je cherchais bêtement à provoquer ces rencontres. Il n’était pas plus curieux que ça de rencontrer ma « nouvelle copine de travail » avec qui je passais tout mon temps, et Aurore non plus évidemment. Ils se sont donc croisés une fois, dans un club parisien où il mixait. Ils ont discuté pendant un moment et, comme m’a dit Aurore après, ils auraient pu devenir copains…

De l’autre côté, nous avions, avec Aurore, un groupe d’amis soudés, tous de la même société pour laquelle on travaillait. Ils nous voyaient passer notre temps ensemble, mais rien n’était officiel. Nous avions droit chaque jour à des questions, des soupçons. On transpirait l’amour. On se dévorait des yeux, ça se voyait bien entendu. Mais on niait, en bloc, sans jamais lâcher. Cela rendait parfois tout le monde dingue. Aurore me faisait livrer des bouquets de fleurs au bureau, des énormes bouquets, livrés en plein milieu de ma journée de travail, devant tout le monde. Je rougissais, je ne savais pas quoi dire. Tout le monde croyait que j’avais un admirateur secret, peut-être une personne qui venait assister aux émissions de télévision que l’on gérait à l’agence. C’était fou ! J’arrivais un matin, j’avais 3 bouquets sur mon bureau, le lendemain, une boîte avec un petit bijou. Mes collègues me harcelaient de questions, je faisais l’idiote.

Cela faisait rire Aurore, moi j’étais gênée et en même temps bien évidemment séduite. Jamais on ne m’avait couverte autant d’attention.

Je continuais de suivre en parallèle de mon travail des études à la fac à Paris. Je me sentais très seule là-bas à l’époque. J’avais deux ou trois amies, mais je ne parlais quasiment à personne. Parce que dès que je suis en situation de vie de groupe, une classe par exemple, je perds mes moyens, je ne parle pas, je suis froide, rigide, je me déteste, je reste dans mon coin. Je n’arrivais donc clairement pas à m’intégrer encore une fois, parmi ces gens branchés, très cultivés, extravertis. Je devais renvoyer l’image d’une petite bourgeoise coincée et ennuyeuse. Un jour, nous avons dû partir avec toute la promo à Berlin pour un séjour découverte. Aurore m’avait manquée terriblement. Notre voyage se faisait en avion, et notre vol retour arrivait de mémoire très tard. Je revois cette image parfaitement. Nous arrivions avec toute ma classe dans le terminal, depuis un étage. Et là, je vis Aurore, en bas des escalators, tenant une petite cordelette, et au bout, plein de ballons gonflés à l’hélium. Mon coeur explosait. Imaginez-la, elle avait traversé Paris, pris le métro, puis le RER avec tous ces ballons, à peut-être 23h, pour venir jusqu’à l’aéroport me chercher et se retrouver face à tous mes camarades de promo. Je ne ressentais aucune gêne, je ne voyais qu’elle et j’irradiais de fierté de l’avoir dans ma vie. Elle me faisait deux cadeaux ce soir-là sans le savoir : la surprise d’être venue me chercher, mais aussi de me donner confiance en moi face aux autres.

Le temps passait.

Si 99% du temps je ne m’interrogeais pas sur ma situation amoureuse et cette « double vie », parfois, ça se mettait à tourner dans ma tête, je me disais qu’il était temps de « choisir » entre elle et lui. Comme toute personne complètement perdue dans ces moments-là, je me fiais à des signes. J’implorais le ciel de me donner une réponse claire et une directive à choisir. Il m’envoya un matin un message radical.

Mon copain ne venait jamais chez moi, ou très très rarement, et nous passions de moins en moins de temps ensemble. Il était aspiré par sa musique, ses amis, il vivait la nuit et moi le jour. Il n’avait plus d’attention envers moi, nous étions devenus plus amis qu’amoureux.

Un matin, Aurore quitta mon appartement très tôt pour aller travailler. Je restais couchée, les yeux rivés sur le plafond, à demander à Dieu de m’aider, de m’envoyer un signe, maintenant.

« Aidez-moi. Aidez-moi. Aidez-moi. Eclairez-moi. Qu’est-ce que je dois faire ? J’ai besoin d’un signe, maintenant, tout de suite. »

J’étais seule depuis quelques minutes, dans le silence, à prier. Soudain, on frappa à ma porte. Interrompue dans mes pensées, j’étais sûre à 1000% que c’était Aurore qui avait oublié quelque chose. Je me suis levée, j’ai ouvert. C’était mon copain, un sac de croissants à la main.

Message reçu.


 

La suite très vite.

Merci de m’avoir lue ❤

MC

MC ET AURORE-41.jpg

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3 réflexions sur “L’IMPAIR : Chapitre #5

  1. Heureusement qu’on sait comment ça se fini…mais que c’est il passait ???!!!
    Je veux pas attendre une semaine de plus je veux la suite !!!
    Mon plaisir hebdomadaire c’est te lire. Quand je vois que l’article est en ligne j’arrête tout et je me pose pour te lire, super concentrée.
    Allez hop hop hop on veut la suite.

    Aimé par 1 personne

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